Triste nouvelle : décès de Claude Cohen-Tannoudji
C’est avec une grande tristesse que nous avons appris le décès de Claude Cohen-Tannoudji, survenu le 22 octobre.

Claude Cohen-Tannoudji est né à Constantine en 1933. Après une classe préparatoire à Alger, il est reçu à l’École normale supérieure en 1953. Initialement attiré par les mathématiques, il est séduit par l’enseignement d’Alfred Kastler. Il se tourne alors vers la physique et rejoint en 1955 le groupe que Kastler avait fondé avec son élève Jean Brossel au Laboratoire de Spectroscopie Hetzienne de l’ENS. Un laboratoire devenu depuis le laboratoire Kastler Bossel du département de physique de l’ENS et que Claude n’allait plus quitter.
Après de premières recherches sur la spectroscopie des vapeurs atomiques, Claude effectue sa thèse qu’il soutient en 1962 sous le titre « Théorie quantique du cycle de pompage optique. Vérification expérimentale des nouveaux effets prévus ». Ce titre est emblématique d’une carrière qui a toujours mêlé théorie et expérience. Ces travaux de thèse mettaient en évidence un phénomène difficile à observer et qui allait jouer ultérieurement un rôle crucial avec l’avènement des lasers : la lumière peut déplacer les niveaux d’énergie d’un atome.
L’approfondissement de ces recherches va le conduire à développer avec ses élèves, en particulier Serge Haroche, la notion « d’atome habillé » : l’atome et le champ de photons qui l’entoure constituent un ensemble indissociable, dont les propriétés sont révélées par son diagramme d’énergie. La richesse de ce concept se développera pleinement dans la suite de la carrière de Claude, quand il se penchera sur la possibilité de refroidir et de piéger des atomes avec de la lumière.
En 1984, Claude fonde un groupe à la fois expérimental et théorique autour de la physique des atomes froids, avec Alain Aspect, Jean Dalibard et Christophe Salomon, rejoints quelques années plus tard par Yvan Castin, puis Michèle Leduc. Ce groupe sera à l’origine de plusieurs « premières » au niveau mondial : l’effet Sisyphe, qui associe le pompage optique et les déplacements lumineux, le refroidissement en dessous du recul d’un seul photon, les réseaux périodiques créés par des ondes lumineuses stationnaires, l’optique et l’interférence d’ondes de matière.
La carrière de chercheur de Claude est indissociable de sa passion pour la transmission des savoirs. Professeur à la faculté des sciences de Paris à 34 ans, il crée avec ses collègues Bernard Diu et Franck Laloë un enseignement renouvelé de la physique quantique qui va donner naissance au « Cohen », un ouvrage de référence qui continue à former des générations d’étudiants. Six ans plus tard, en 1973, il est nommé au Collège de France où il enseigne pendant 31 ans. Nombreux sont ceux qui se souviennent de ses tableaux impeccablement ordonnés et de ses notes manuscrites. Ses cours vont structurer toute la communauté française d’optique quantique et de physique atomique. D’autres livres suivront sur l’électrodynamique quantique et l’interaction matière-rayonnement, écrits avec Jacques Dupont-Roc, Gilbert Grynberg et David Guéry-Odelin. Au-delà de cet enseignement formel, Claude était toujours prêt à discuter et à partager avec ceux qui l’approchaient. Sa générosité pour insuffler et diffuser des idées nouvelles était sans faille.
Claude Cohen-Tannoudji a reçu au cours de sa carrière de multiples distinctions, dont il est impossible de donner la liste complète ici. Citons simplement son élection à l’Académie des sciences en 1981 où il sera très actif pour la défense des scientifiques persécutés, la médaille d’or du CNRS en 1996 et bien sûr le couronnement de sa carrière avec le prix Nobel de Physique en 1997, conjointement avec Steven Chu et William D. Phillips. À cette occasion, Claude concluait son discours par la phrase d’Edmond Rostand : « C’est la nuit qu’il est beau de croire à la lumière », une illustration parfaite de son humanisme.
Pour en savoir plus sur Claude Cohen-Tannoudji : https://www.lkb.fr/laboratoire/presentation/histoire/claude-cohen-tannoudji/
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